Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘nourrisson’

Lorsque je ferme les yeux…

Ils ont poussé le lit dans le couloir,
juste le temps de toucher la main de ta maman
et de lui dire à tout à l’heure.
La porte s’est refermée, la pièce est vide,
le lit n’est plus là, il fait sombre.
L’activité de l’urgence soudaine a laissé place
au vide et à l’angoisse, aux questionnements.
Les larmes coulent, je n’y vois plus rien,
la peur me rend fou.
Mes bras se durcissent, mon coeur se serre,
mes jambes flageolent. Pas le droit de flancher,
il faut lutter.
Que faire ? Prévenir ou pas ? Non, nul besoin
d’inquiéter tout le monde, je garderai ça pour
moi, le temps qu’il faudra.
On me déménage dans une autre chambre, ça m’occupe
l’esprit, un peu, la porte se referme à nouveau.
Je ne serai capable de perdre aucun de vous deux.
Je fais quoi si je me retrouve tout seul ? J’ai
peur.
Pourtant j’ai l’impression de ne pas être si seul.
Un sentiment très personnel et sacré veut que
je suis persuadé que depuis quelque temps, toi ou
ton esprit, ou peu importe comment on peut le
nommer, vit près de moi, me suit, m’écoute.
Des petites choses font que j’en suis persuadé.
Doucement je redeviens confiant, je sais que ta
maman et toi allez bien, quelqu’un, toi, me le
murmure à l’oreille.
Dans quelques minutes, nous allons être trois.
L’attente est pourtant si longue, je me secoue
souvent en me demandant si tout cela est un
songe.
L’infirmière ouvre la porte, elle me dit : « Papa ! »
L’allure et le ton veulent dire suivez moi.
Je me lève et je bredouille je ne sais quoi.
J’arrive à lui demander si tout le monde va bien,
elle me dit que oui. Je marche droit devant moi,
elle me dit qu’elle va prendre l’appareil photo car
elle ne me trouve pas en état. Je n’y ai même
pas pensé.
J’arrive dans une pièce où je vois une couveuse,
un bébé à l’intérieur remue ses petits bras et ses
petites jambes. Je l’entends très bien faire des petits
bruits avec sa bouche, quelle impression étrange !
Il est beau, tout propre, tout lisse, nu comme un ver.
Une pédiatre ausculte son coeur, elle a l’air
complètement gaga.
Je regarde tout autour de moi, la sage femme est là,
une autre infirmière aussi, je réalise que ce bébé
c’est toi, c’est mon fils. Il y a 2 minutes j’avais peur
de te perdre et maintenant tu es devant moi.
J’ai du mal à croire que cet enfant aussi parfait,
aussi beau, c’est le mien.

J’insiste auprès de la sage femme, lui demande si ta
maman va bien, elle me dit que oui, elle à l’air sûre
d’elle, m’explique qu’ils sont entrain de recoudre.
La 1ère infirmière qui m’a pris l’appareil fait une photo
de toi, relève la tête et dit en secouant la tête :
« Mince alors, il est trop beau ce bébé ! »
La pédiatre continue de jouer avec toi, retire son
stéthoscope et dit : « Il va très bien ce bébé »
J’ai envie de hurler.
La pédiatre s’en va en me disant félicitations monsieur.
L’infirmière te rhabille, ils sont tous gentils, rassurants,
on t’emmitoufle dans une couverture, on voit à peine ta
tête, elle te dépose dans mes bras, tu entrouvres les yeux.
Quelle rencontre ! Mes pieds ne touchent plus le sol.
Je retourne avec toi dans la chambre, je te serre contre moi,
mon angle de vision est très rétréci, j’ai peur de te faire
tomber, de te cogner. Quelle responsabilité, je tiens un
trésor inestimable dans mes bras.
Elles me déposent un oreiller sur le fauteuil, je m’installe
avec toi…
Les 45 minutes les plus inoubliables de toute ma vie.
Durant tout ce temps tu auras eu les yeux ouverts, je suis
impressionné, un nouveau né ouvre t-il les yeux comme ça ?
Si longtemps ?
Tes petits doigts sont tous bleu, tes ongles rouges, je m’inquiète
un peu, c’est vrai, je fais quoi si tu pleures ? D’ailleurs tu
ne pleures pas, c’est normal ça aussi ?
Je n’arrête pas de te causer, tes deux billes me fixent,
je caresse tes cheveux si doux…
Mais aussi les 45 minutes les plus longues de toute ma vie.
Il ne manque plus que ta maman… Elle me manque tant,
elle et moi on ne se quitte que pour aller travailler tu sais.
Je me pose des questions à nouveau, ça dure trop longtemps.
Et si elles disaient tout ça pour me rassurer ? Et si ta maman
n’allait pas bien ? Et si… et si…
La porte s’ouvre, je vois un lit, je vois ta maman sourire,
je vois les infirmières plaisanter, j’entends la jolie voix
si douce de ta maman, je vais mieux.
Je te serre contre moi, j’embrasse ta maman, je suis le plus
heureux des hommes.
Mon bébé, j’ai eu si peur, la peur de ma vie, mais ce soir lorsque
je vais aller me coucher, je vais fermer les yeux et comme à chaque
fois que je les ferme, je vais te voir.
Je suis ton papa.

Read Full Post »